Club-Lecture du 15 Novembre 2013
Le thème du club-Lecture du mois de novembre était: « L’enfance dans la littérature ».
Chacune était invitée à parler d’un livre dont le héros était un enfant.
Plusieurs livres ont été traités, et, de fil en aiguille, d’autres ont été évoqués durant cette séance riche en échanges.
"Louis, pas à pas" de Gersende et Francis Perrin (2013) * Ce couple d’acteurs nous livre un témoignage de parents d’un enfant diagnostiqué autiste à l’âge de 3 ans. Il s’agit du récit d’un combat face à la maladie et face aussi aux spécialistes en tout genre. L’un d’eux déclarera même aux parents qu’ils doivent « faire le deuil de leur enfant ». Ce livre militant suit « pas à pas » les démarches des parents pour trouver des soignants qui prennent véritablement en charge leur enfant dans l’espoir d’une renaissance. La méthode A.B.A.(applied behaviour analys), non utilisée en France , va permettre à Louis de devenir un enfant presque « comme les autres, grâce à une stimulation permanente mise en œuvre par les équipes soignantes et par les parents.Ce récit,par des auteurs attachants, de cette lutte quotidienne est également un plaidoyer contre notre société qui se montre trop souvent inapte pour améliorer la vie de ces enfants.
"L’empereur c’est moi" d'Hugo Horiot (2013) * : Ce comédien fut un enfant autiste et il fait ici son auto-portrait en évoquant les souvenirs de son enfance. Nous avons donc le point de vue de l’enfant et non celui des parents ce qui donne un aperçu différent. La mère de l’auteur avait obtenu le Prix Goncourt des Lycéens en 1990 pour son témoignage de maman d’un enfant autiste dans un très beau récit "Le petit prince Cannibale" Francine Lefèvre.
"Où on va, papa? " (2008) * de Jean -louis Fournier : témoignage de la vie de parents de deux enfants handicapés mentaux.
"Les noces barbares" de Yann Quéffelec, prix Goncourt 1985 : Histoire d’un enfant né d’un viol qui vit ses premières années caché dans un grenier. La question de la construction d’un individu quand il ne reçoit pas, enfant, l’amour de son entourage est analysée. Il s’agit d’une histoire poignante faite d’amour et de haine.
"Poil de Carotte" de Jules Renard (1894) : Enfant roux, souffre douleur de sa famille et principalement de sa mère à un époque où être roux était signe de sorcellerie et où l’on pensait que cela portait malheur.
"En enfance" de Mathieu Lindon (2009) : Mathieu Lindon né en 1955 est écrivain et journaliste. Il est le fils de Jérôme Lindon qui a fondé et dirigé longtemps les Editions de Minuit et le cousin de Vincent Lindon, acteur. Ecrivain, journaliste (d’abord au Nouvel Observateur) puis depuis 1984 chroniqueur au journal Libération, Mathieu Linton a écrit une vingtaine de livres. A 23 ans, Mathieu Lindon rencontre Michel Foucault et va vivre chez lui pendant six ans. Il revendique son homosexualité et fut longtemps dépendant de drogues dures. Il publie son premier roman en 1983 sous pseudonyme.Un de ses romans (Prince et Leonardous) sera menacé d’interdiction par le Ministère de l’Intérieur. Il a accompagné Hervé Guibert (Le protocole compassionnel - A l’ ami qui ne m’a pas sauvé la vie ) à la Résidence Médicis à Rome. En 1998, il sera condamné ainsi que son éditeur pour son livre « le procès de Jean- Marie Le Pen ». Malgré un recours devant la Cour Européenne des droits de l’Homme, il sera débouté. Mathieu Lindon obtenu le Prix Médicis en 2011 pour son livre "Ce qu’aimer veut dire" où il parle de ses relations avec Michel Foucault et avec son père. Vient de sortir "Une vie pornographique", roman sur toutes les addictions. "En enfance" est constitué de 111 scènes vécues par un garçon entre 8 et 11 ans. Ces scènes de 3 pages, avec souvent 3 personnages, montrent que l’auteur a souhaité faire appel aux contraintes littéraires chères à Raymond Queneau. On a ici le portrait d’un enfant issu d’une famille bourgeoise, avec toutes les joies mais également les souffrances tues et des chagrins indicibles. Il s’agit d’une quête du passé, d’un retour "En enfance", d’une chute dans les souvenirs. Chaque chapitre peut être lu de façon indépendante puisque ce sont des flashs sur l’enfance et non pas un roman.
"Fille de rouge" d’Isabelle Alonso (2009) * L’auteure née en 1953 est chroniqueuse radio et télévision, mais aussi romancière et essayiste. Née en France, elle est la fille de réfugiés Espagnols ayant fui le régime franquiste. Elle est une féministe engagée et se dit « féministe par humanisme"; Dans un roman précédent "L’exil est mon pays" (2006), elle parlait de l’intégration des réfugiés en France. Ici, elle raconte son entrée au Collège où elle va être confrontée à un autre problème car ses parents sont d’origine modeste et que ses camarades ont des parents aisés.Dans ce roman, l’auteure nous montre les liens forts qu’elle entretient avec les femmes de sa famille(mère et grand- mère) avec lesquelles elle est liée non seulement par l’amour mais par leur statut de femmes. Elle souhaiterait rester enfant, situation rassurante, et refuse les transformations de son corps. L’histoire est touchante contée par une belle écriture. Chacune peut se retrouver d’une certaine façon dans la manière d’être et de penser de cette pré-adolescente qui nous fait sourire par des anecdotes vécues.
"La menace" de Yann Quéffelec (1993) ou "la menace et noir animal" Roman parlant de l’adoption et du racisme. Un enfant Zaïrois est accueilli dans une famille où l’aîné des garçons est un skinhead, vouant une admiration pour Hitler, et se montrant très satisfait de l’arrivée de cet enfant noir dans sa famille car il va pouvoir « casser du bougnoul ». Avec sa « bande » il va racketter et maltraiter le petit enfant Zaïrois et celui -ci ne trouvera pas de réconfort auprès des parents, la mère lui disant qu’il est chez eux « à l’essai ! Ce roman est très dur, souvent avec un vocabulaire cru, mais il met bien l’accent sur les malheurs des enfants, ayant déjà un passé douloureux et qui plongent,dans leur famille d’accueil ,dans un milieu hostile alors que leur seul besoin est celui d’amour et de sécurité.
"Yuki" de Olga Menière, illustrations de Kéo Ngun(2009) * Ce petit ouvrage illustré est écrit par une auteure rochoise qui travaille auprès d’enfants autistes. Le texte est illustré par des dessins noirs et sombres où perce toutefois toujours une couleur. Cet « enfant étrange et différent » va à la découverte des saisons et de la nature ce qui lui apporte des stimuli visuels et tactiles qui doivent l’aider à avancer vers une certaine normalité. En effet, ces enfants ont un souci du détail exacerbé, au détriment de l’ensemble, et pour eux le toucher et la couleur prennent une importance très grande.Il s’agit d’un livre complexe,de par l’écriture et le graphisme, alors que la présentation pourrait faire croire à un abord facile. Mais avec délicatesse et subtilité, l’auteure et l’illustrateur nous font entrer dans ce monde particulier qu’est celui des autistes.
Des passages des différents livres ont été lus et si les sujets abordés ont plutôt été tristes et ayant trait à des enfances bouleversées, n’oublions pas que l’enfance est un moment privilégié de notre vie et que pour la plupart d’entre nous reste une période heureuse où l’on se sent entouré d’amour et de tendresse .
Les livres notés portant une * sont disponibles à la bibliothèque.
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