Apéritif thématique du 13 octobre 2016 : Jean Zay ou la république assassinée
Le 27 mai 2015, Jean Zay est entré au Panthéon. Mais qui connaît réellement ce personnage politique ? C’est ce que, avec succès, nous a fait découvrir Jack Bourguet lors de l'apéritif thématique d'octobre. Jean Zay est né en 1904 à Orléans d'un père journaliste, de religion juive et d'une mère institutrice, de religion protestante. La famille de petite bourgeoisie est bien intégrée dans le milieu orléanais. En 1914, son père est mobilisé, Jean n'a que dix ans et a été très marqué par la Grande Guerre. Il tient, dès ses 12 ans, un journal de la guerre. On retrouve Dreyfus et Jaurès à travers ses écrits. Jean Zay va croire à la République et en la justice de la République, il adopte des idées pacifistes et rejoint le parti radical de la IIIe République, parti très influent et puissant. Le courant pacifiste est important dans les années 20. C'est en 1924 que Jean Zay va écrire "Le drapeau", ce poème antimilitariste qui va le poursuivre toute sa vie. Le texte, volé, sera publié par la presse d’extrême droite. Jean Zay est avocat, il adhère en 1926 à la ligue franc-maçonnique. En 1932, il se présente à Orléans et bat le candidat de droite très en vue, il devient député du Loiret. Le parti radical adhère au Front Populaire. Jean Zay est jeune, parle très bien, il est vite remarqué et devient en 1936, membre du gouvernement du Front Populaire comme ministre de l’Éducation Nationale et de la Culture. Il va bousculer le protocole, on le voit sur les journaux, en vacances en famille ou en tenue sportive. C'est un ministre qui "dure". Surnommé le "Jules Ferry du front Populaire", il va, durant 40 mois, travailler d'arrache-pied. Il lance les bases de la réforme de l’Éducation Nationale. Décrets, arrêtés et circulaires se multiplient. C'est grâce à Jean Zay que la scolarité obligatoire passe de 13 à 14 ans. Les agriculteurs se plaignent d'être privés de main d’œuvre et on craint un embourgeoisement de la société ouvrière ! Il continue sur sa lancée, c'est la gratuité de l'école. Il créé les filières techniques, l'apprentissage des instituteurs, une chaire d’arabe à l'Université de Paris et une à celle de Marseille. Il jette les bases de nombreux chantiers : médecine préventive en milieu scolaire, bibliobus, CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires), CEMEA (Centre d'entraînement aux méthodes d'éducation active). Il propose la création de l'ENA (École Nationale d'Administration). Il investit dans la culture, il est à l'origine du musée de l'Homme à Paris, du musée national des arts et traditions populaires. Il suggère la création du Festival de Cannes pour faire contre-pied avec la Mostra de Venise. Il encadre également le droit d'auteur, la création d'éditions. Il favorise l'acquisition d’œuvres d'art et pour l'Exposition Universelle de 1937, la construction d'un pavillon Le Corbusier, le "Palais des Temps Nouveaux". Il a des idées sur l'économie, la presse. Mais en 1938, c'est la fin du gouvernement Blum et on assiste au basculement des élites dans un refus de l'autre. Les origines juives de son père lui sont continuellement reprochées et Jean Zay devient une cible dans cette campagne antisémite. Il est attaqué en permanence par l'extrême droite. Il démissionne le 2 septembre 1939 et rejoint son régiment : la Seconde Guerre mondiale vient d'éclater. Il est sous-lieutenant en Lorraine durant la "drôle de guerre" puis avec le gouvernement, se réfugie à Bordeaux en juin 1940. Accompagné du vice-président du conseil, de Pierre Mendès France et de vingt-cinq autres parlementaires Jean Zay embarque à bord du Massilia pour le Maroc. Dans l'attente d'une demande d'asile au gouvernement britannique, les passagers sont consignés puis quatre d'entre eux, dont Jean Zay, sont arrêtés le 15 août 1940 pour désertion devant l'ennemi. Renvoyé en métropole, Jean Zay est interné à la prison militaire de Clermont-Ferrand, il sera dégradé. Sa seconde fille naîtra lors de son incarcération. Il ne la verra que lors des visites de son épouse à la prison. Le 20 juin 1944, trois miliciens viennent le chercher : Henri Millou, Charles Develle et Pierre Cordier. Ils lui font croire qu'ils sont des résistants, déguisés en miliciens, venus pour le faire sortir de prison et l'aider à rejoindre le maquis. En cours de route, près de Moulins (Allier), Jean Zay est abattu par Charles Develle. Afin qu'il ne soit pas identifié, les tueurs le déshabillent, lui ôtent son alliance, le jettent dans une crevasse et lancent une grenade. Millou a disparu en Allemagne, Cordier est fusillé par les résistants vers Belfort.
Laval avait même certifié à Madame Zay que son mari s'était évadé.
En 1946, son corps est retrouvé par des chasseurs. Faisant le rapprochement entre le cadavre et la disparition de Jean Zay, les enquêteurs confirment l'identité de l'ancien ministre et interpellent Charles Develle en Italie où il s'est réfugié. Jugé en 1953, Develle est condamné aux travaux forcés à perpétuité puis libéré deux ans plus tard.
Jean Zay est rétabli dans ses droits et inhumé au cimetière d'Orléans en 1948 jusqu'en 2015, date de son transfert au Panthéon.
Si bon nombre d'établissements scolaires portent le nom de cet ancien ministre de l’Éducation Nationale, il est vraiment regrettable que peu de personnes connaissent la vie et la fin tragique de ce personnage important de la IIIe République.
Un grand merci à Jack Bourguet qui, lors de cette soirée, a comblé ces lacunes.
Prochain apéritif thématique le Jeudi 24 novembre 2016 à 18 h : " La Commune de Paris : mars - mai 1871 " par Philippe Rouinssard

