La Commune de Paris : Mars-Mai 1871
Pour son apéritif thématique de novembre, la bibliothèque recevait Philippe Rouinssard, qui présenta, à l'aide d'un diaporama, la Commune de Paris, épisode peu connu de l'histoire de France, court et très localisé puisqu'il ne touche que Paris durant à peine deux mois (18 mars-28 mai 1871)
Des causes multiples : Depuis le début du XIXème siècle, la France alterne les régimes politiques (Monarchie, Empire, République…). Paris reste une ville marquée par les révolutions (1789, 1830, 18148), l'extrême gauche est le principal centre d'opposition au second empire. A l’été 1870, l’empereur Napoléon III se lance dans une guerre mal préparée contre la confédération d’Allemagne du Nord. Il est vaincu et capturé. Le 4 septembre, Paris se soulève, la République est proclamée et un nouveau gouvernement composé des classes aisées de la capitale est formé.
Le siège de Paris : L’armée allemande assiège Paris à partir du 17 septembre 1870. Les communications et les approvisionnements sont coupés. Dès octobre, les réserves de nourriture commencent à diminuer. Les prix explosent, on se nourrit de chevaux, d’animaux domestiques, de ceux des zoos, des poissons de la Seine et d’animaux urbains (pigeons, rats et souris). L’hiver 1870-1871 est rude et le combustible manque. Des maladies se développent (pneumonie, typhoïde, variole, tuberculose…). La mortalité est quatre fois plus élevée qu’en temps de paix. Les plus riches parviennent à se nourrir convenablement au marché noir, le siège accroit les inégalités sociales et la politique hésitante du gouvernement augmente la grogne populaire. Le 5 janvier 1871, les Allemands commencent le bombardement de la ville pour hâter la reddition. Pressé par les révolutionnaires, le gouvernement tente une sortie, le 19 janvier. Mais l’attaque est repoussée, désespéré et dégoûté, le gouvernement demande un armistice le 28 janvier 1871.
La paix honteuse et le début de la Guerre civile : L’armistice doit permettre à la France la tenue d’une élection législative afin qu’elle signe la paix. La nouvelle de l’armistice provoque une consternation et une frustration générale à Paris, la résistance a été vaine. Le 8 février, des élections législatives sont organisées en France, 400 monarchistes pour la paix sont élus contre 150 républicains. A Paris, les 43 élus sont républicains radicaux, partisans de la guerre. Le conservateur Adolphe Thiers est choisi comme chef de l’exécutif et signe la paix avec l’empire allemand. Il cède l’Alsace, la Moselle mais conserve la forteresse de Belfort. En échange, les Allemands peuvent défiler sur les Champs-Elysées, c'est une véritable gifle pour les Parisiens. L’Assemblée s'installe à Versailles car elle se méfie des Parisiens. Le gouvernement jette de l’huile sur le feu, en interdisant 6 journaux d’extrême gauche. Paris se révolte, chasse l'armée et décide de faire des élections municipales le 26 mars 1871, les candidats révolutionnaires sont élus en majorité (66 membres sur 85). Le 28 mars, la Commune de Paris est proclamée. Elle adopte le slogan « Paris, ville libre » et hisse le drapeau rouge. Dès le lendemain, une série de réformes est prise : abolition de la conscription, les arriérés de loyers accumulés durant le siège sont annulés, les fonctionnaires ont l’interdiction d’obéir au gouvernement de Versailles, la séparation de l’Eglise et de l’Etat est prononcée. Dès le 2 avril, des escarmouches éclatent en bordure de l’Ouest parisien. La guerre civile est lancée.
Le gouvernement de la Commune : L'armée et la police sont remplacées par la Garde Nationale. Le système politique communard a été improvisé, fait en quelques jours sur un coin de table, au milieu du fracas de la guerre civile. Les débats sont constamment interrompus par des affaires nouvelles et urgentes, provoquées par la guerre en cours. Le gouvernement procède à une rigoureuse organisation économique, avec un contrôle centralisé et obsessionnel des dépenses pour limiter les abus et réaliser un gouvernement « à bon marché ». Le peintre Courbet réforme l’administration des arts avec une fédération de 300-400 artistes. Les agents sont obsédés par le harcèlement des religieux. Mais on peut signaler le bon ordre qui règne dans les rues de Paris malgré le caractère révolutionnaire du gouvernement.
Les réformes économiques et sociales de la Commune : Il n’y a pas d’expropriation pendant la Commune, les églises sont certes pillées et la maison de Thiers est symboliquement détruite ainsi que la Colonne Vendôme. Pour loger les sans abris et les miséreux, la Commune réquisitionne les logements abandonnés depuis le 18 mars. Les entreprises ne sont pas non plus condamnées par les Communards. L’éducation est une priorité. L’objectif culturel principal de la Commune est la laïcisation. Les églises sont occupées voire vandalisées. Les emblèmes religieux sont retirés des tribunaux, écoles et hôpitaux. Le personnel religieux est expulsé des écoles, hôpitaux, prisons… 200 prêtres sont même arrêtés. Courbet et la fédération des artistes rouvrent les musées, organisent des expositions, des concerts… La Commune décrète l’égalité de salaire hommes/femmes. Des coopératives de femmes sont également encouragées par le gouvernement. Le 10 avril, la Commune décrète le versement d’une pension à la famille des Gardes Nationaux tués au combat. Les réformes restent timides et limitées, mais il faut garder à l’esprit que la guerre civile absorbe le temps et l’argent des Communards.
La lutte finale : La vie de la Commune est rythmée par la guerre civile qui débute le 2 avril 1871 avec une attaque massive sur Versailles avec 30 000 soldats qui se solde par un échec. Malgré la perte des forts un à un, personne n’ose parler de défaite alors qu’elle est chaque jour plus probable : la Commune refuse de négocier : il faudra vaincre ou mourir. Paris fut irrémédiablement perdu la nuit du 21 au 22 mai, quand les Versaillais s’emparent des remparts abandonnés du Point du Jour et pénètrent dans la ville par la porte d’Auteuil et de Versailles. Les fidèles se rassemblent (30 000) construisent 900 barricades à la hâte. L’armée versaillaise progresse par le Nord et le Sud et repousse les Communards jusque dans l'Est parisien où le 28 mai les derniers sont massacrés au cimetière du Père Lachaise, à Belleville et à Ménilmontant.
La répression : Les Versaillais fusillent systématiquement tous les combattants communards ou supposés. Plus de 7 500 sont exécutés sommairement. En répression, les Communards fusillent quelques otages (dont l'archevêque de Paris). Les procès se multiplient (12 500), la majorité des accusés sont condamnés à diverses peines : amendes, emprisonnement, travaux forcés, déportation, condamnation à mort.
Que reste-t-il de la Commune, ultime révolution populaire de France ? Beaucoup de chansons, tout d’abord, « Le Temps des Cerises » et « L’Internationale » qui sont les plus célèbres. Ce printemps 1871 a aujourd’hui une image assez caricaturale : Pour les uns, la Commune n’a été qu’un ramassis de fous, ivrognes, criminels et miséreux, composé de bandits et de prostitués utopistes et enragés. Pour les autres, les Communards étaient des héros populaires, romantiques et magnifiques, prêts à mourir pour leurs idées, massacrés par des barbares aux ordres de la société bourgeoise et du capital.
Cet exposé, aura apporté au public, une vision plus claire et plus nuancée de la Commune, ce bref mais intense temps des cerises. Des hommes et des femmes simples, issus du peuple parisien dans sa diversité, qui ont lutté durant un court et sanglant printemps pour une société plus juste avec l’espoir de changer la vie.
