Apéritif thématique : Histoire de l'Amérique indienne
Pour l'apéritif thématique du jeudi 21 mars 2019, Philippe Rouinssard a présenté l'histoire de l'Amérique indienne : le mode de vie des peuples amérindiens et les contacts souvent tragiques avec les Européens et les colons américains, sur les territoires des actuels États-Unis.
I ) L’Amérique précolombienne
Aucun des peuples qui vivaient au nord du Mexique n’avait de système d’écriture, il est donc difficile de décrire leur vie avant la colonisation européenne. Les Amérindiens des plaines utilisaient un langage des signes et les évènements marquants de leur histoire étaient peints sur des peaux, les tipis ou gravés sur des pierres. L’archéologie permet de répondre à certaines questions mais le changement radical du paysage des actuels États-Unis rend difficile les fouilles dans la plupart des régions. Il semble que l’Amérique au nord du Mexique était peuplée d’au moins 10 millions d’individus. Il existait au XVe siècle plus de 600 sociétés autonomes au nord du Mexique, chacune ayant son propre mode de vie et on compte une douzaine de groupes linguistiques très différents et plusieurs centaines de langues.
Cette diversité est liée aux variétés de conditions climatiques. Une infime minorité se servait d’outils en métal (cuivre), la plupart utilisent la pierre et le bois. Ils utilisent le feu (culture sur brûlis). Il n'y a pas d’élevage, c'est une agriculture extensive (cultiver une zone, puis se déplacer vers une autre pendant que la première se repose). Le concept de propriété privé de la terre est inconnu, toutefois les premières nations ont des sites sacrés (montagne, lac, vallée, rivière, arbre frappé par la foudre…). Les Amérindiens considèrent les hommes comme des membres à part entière de l’univers mais aucunement supérieurs. Ils pensent que tous les éléments de l’univers sont interconnectés et possèdent tous une énergie, un pouvoir capable d’intervenir sur la vie des hommes. Des rituels et des cérémonies et la quête des visions (jeûne, isolement, méditations, danses, bains de vapeur, chants, fumer la pipe, rêves…) devaient permettre de concilier les esprits et leurs pouvoirs. Les hommes ou femmes détenant de grands pouvoirs sont des chamans ou hommes médecines. Ils possèdent un sac médecine dans lequel ils rangent des objets auxquels ils prêtent des pouvoirs surnaturels. On fait appel aux chamans pour lever un sort, demander l’intercession des esprits, soigner une maladie…
Pour les Amérindiens, la terre et ses animaux sont une ressource commune et non un bien. On ne tue un animal que lorsqu’on en a besoin. Si la chasse est une activité d’hommes, l’agriculture est réservée aux femmes. Les hommes fabriquent les maisons, les canoës, les femmes cuisinent, élèvent les enfants, s’occupent d’entretenir la maison. Il ne fallait pas inverser les rôles sous peine de fâcher les esprits. Les rituels sont nombreux dans la vie des Amérindiens (naissance, puberté, mariage, mort). Dans leurs rêves, les enfants recevaient la visite d’un animal, qui devenait leur totem (protecteur) durant leur vie. Les cérémonies rythment une vie collective importante, avec ses jeux (chunkey, lacrosse). Le rituel de l’adoption est important, notamment lors des guerres, les prisonniers sont adoptés par les familles ayant perdu un de leur membre récemment (relever le mort). Souvent l’adopté reçoit le nom du défunt. L’idée d’équilibre et de compensation est extrêmement importante chez les Amérindiens. Les hommes prélevaient leur nourriture dans la nature mais la respectait et finalement il rendait son corps à la terre permettant de sustenter d’autres être vivants (plantes, arbres, insectes…). Le don doit être compensé par un contre-don équivalent. Des guerres pouvaient éclater pour une offense : la riposte devait être équivalente à l’outrage, c’est une question d’honneur. Préserver les bonnes relations entre tous les éléments est un effort constant, les chamans interviennent pour maintenir l’équilibre.
Enfin une caractéristique commune à tous les peuples amérindiens du continent, et qui sera dramatique pour eux, est qu’ils ne possédaient aucune défense contre toute une série de maladies qui s’étaient développées dans l’ancien monde (grippe, rubéole, rougeole, variole, peste…).
II ) La découverte mutuelle
La découverte de Colomb stimule les voyages de découvertes. Les marins bretons, basques, normands, gallois, anglais vont pêcher dans les grands bancs au large de Terre Neuve. Ils entrent donc en contact avec les Béothuks. Ils font du troc avec les pêcheurs : outils en fer contre viande, baies, peaux. Ces contacts profitent aux deux parties et de véritables amitiés se nouent entre les hommes animés de bonnes intentions. Mais la décision des États de passer du commerce sporadique à l’occupation des terres va à tout jamais, tout faire basculer pour les Amérindiens.
III ) L’invasion du Nord-Est
Installés en "Nouvelle-Angleterre" depuis 12 000 ans, les Amérindiens ont été chassés, spoliés et exterminés en à peine une centaine d’années. Ceux qui vivaient dans le Maine actuel (Micmacs, Abénakis) étaient uniquement chasseurs-cueilleurs, la rigueur du climat était impropre à l’agriculture. Ils étaient nomades et migraient en suivant les troupeaux. Ils pêchaient dans la mer ou les lacs et rivières et cueillaient des fruits secs, légumes et baies sauvages. Les autres (Powhatans, Pequots, Massachusetts, Narragansetts, Wampanoags, Lenapes) avaient un mode de subsistance mixte. La majeure partie de l’année, ils vivaient dans des villages composés de longues maisons ou de wigwams couverts d’écorces de bouleaux. Les villages étaient entourés de hautes palissades en rondins
Ils cultivaient du maïs. Les haricots, courges, tabac, citrouilles étaient semés autour des tiges de maïs qui leur servaient de tuteurs naturels. Les femmes sarclaient les champs avec des houes faites en coquilles de clam. Au bout du 8 ou 10 ans, quand le sol était presque épuisé, elles le laissaient en jachère et allaient défricher un autre champ. Au printemps, les hommes construisaient des barrages sur les cours d’eau pour y attraper les poissons migrateurs et chassaient les oiseaux, ils brûlaient des vastes superficies afin d’en faire des parcs herbeux qui attirent le gibier. Ils chassaient principalement l’été, construisaient des canoës, cueillaient des baies, réparaient les maisons, allait pêcher et ramasser des coquillages dans les lacs ou au bord de la mer. A l’automne chaque famille part chasser de son côté ne revenant au village que pour y passer l’hiver.
Les villages sont dirigés par un sachem, il agit au nom de la communauté pour choisir l’emplacement du groupe, les relations avec les autres, les territoires de chasse… Mais il ne prend que des décisions pour le bien commun, s’il ne le fait pas, il ne sera pas obéi et perdra de facto son titre. Pour garder son pouvoir (au sens amérindien du terme) il doit s’efforcer de conserver la confiance et le soutien des membres de son groupe. Les entrevues diplomatiques commencent par un échange important de cadeaux (nourritures, peaux, ceintures de perles : wampums…). Puis viennent les discussions, on essaye de trouver des consensus à tout prix pour éviter les guerres et le déséquilibre du monde. Lors des guerres, le but n’est pas d’exterminer l’ennemi ou de le déposséder mais de laver un outrage ou de régler un déséquilibre que la négociation n’a pu solutionner.
Les Européens intéressés par les ressources du continent nord-américain, notamment les fourrures établissent des comptoirs. Ce commerce s’accélère, déséquilibrant les sociétés amérindiennes qui se mettent à surexploiter les animaux pour troquer les fourrures à leurs insatiables clients européens. Les outils en fer, armes procurés par les Européens accroissent les différences entre nations, et tous veulent récupérer ces objets pour rééquilibrer leur monde. Les Amérindiens sont pris au piège, la fuite en avant est lancée. Les commerçants européens, introduisent également l’alcool dans le Nouveau Monde. Les animaux à fourrure rapidement exterminés, les Amérindiens des côtes s’enfoncent plus avant dans le continent pour continuer à fournir la demande européenne. Ils se heurtent alors à d’autres nations ce qui entraîne des guerres, mais également transmet les maladies et le fléau de l’alcoolisme.
Les Européens commencent à y implanter des colons en Amérique. Cela commence en Caroline du Nord par les Anglais en 1585. Les colons survivaient uniquement par les dons de nourriture des des Powhatans durant 20 ans. Au lieu de cultiver la terre, ils passent leur temps à chercher d’hypothétiques mines d’or. Ils attaquent les Amérindiens qui les nourrissent, poussant ceux-ci à riposter. La colonie de Jamestown en Virginie a dû mal à survivre, durant le premier été la moitié des colons meurt. Le glorieux modèle de civilisation européen face aux sauvages est un humiliant échec. Les Powhatans refusent de changer leur mode de vie, ils font vivre les soi-disant êtres supérieurs anglais, mais pire encore de nombreux colons quittent la colonie pour aller vivre dans les clans en épousant des femmes amérindiennes. Les Anglais volent désormais les récoltes powhatannes et battent voire tuent ceux qui s’y opposent. Les tensions explosent. Les maladies font leur œuvre et dépeuplent les communautés, les Anglais ont beau jeu de récupérer les terres abandonnées et d’exiger toujours plus en raison du déséquilibre du nombre. Acculés, poussés à la famine et à la ruine de leur mode de vie ancestral, les Powhatans attaquent en force Jamestown et tuent 347 colons. Mais à terme, ils ne peuvent plus gagner la guerre et sont contraints à la fuite ou à la sujétion.
En 1620, d’autres colons anglais s’installent à Plymouth dans le Massachusetts, les pères pèlerins du Mayflower. Ils sont soumis aux rigueurs de l’hiver et aux difficultés en tout genre, ils ne subsistent, encore une fois, que grâce à l’aide alimentaire des Wampanoags. Dans le traité signé, les Amérindiens sont vus comme sujets du Roi d’Angleterre, ils cèdent également à perpétuité la propriété de leurs terres, ceux-ci ne comprennent pas ce que signifie ces mots. De plus ils sont décimés par les maladies. 75% des Amérindiens meurent en quelques semaines. Alors que le nombre diminue très fortement, le flux des colons s’accélère. Mais la demande de terre est plus forte que la capacité mortifère des épidémies. Les colons vont s’établir le long du fleuve Delaware et se heurtent aux Pequots. La guerre éclate et les Pequots sont tués jusqu’au dernier. Les autres tribus sont horrifiées et scandalisées. Sous l’impulsion de Metacom, sachem des Wampanoags, elles s’allient (Narragansetts, Nipmucks) pour chasser les Anglais. Metacom remporte des victoires, incendie les villages et tue les colons, les obligeant à rester sur la défensive. Mais ceux-ci massacrent quasiment les Narragansetts jusqu’au dernier enfant. Finalement les Wampanoags sont vaincus, Metacom est tué et sa tête fichée sur une pique à l’entrée de Plymouth pendant 25 ans. Au moins 3 000 Amérindiens sont morts dans cette guerre et des centaines, y compris ceux qui s’étaient rendus contre la promesse d’une protection, sont déportés comme esclaves aux Bermudes.
IV) Le Pays d’En-Haut
Plus à l’Est, entre les Grands Lacs et les Appalaches s’étend des terres occupées par des Iroquois mais également une myriade de peuples algonquins. Les Français, depuis le Saint-Laurent, occupent la région et entretiennent des relations plutôt amicales avec les Amérindiens. Ils s’allient avec certains et se montrent impitoyables avec d’autres. Par exemple, les Renards (en réalité Mesquakies) sont exterminés durant deux atroces guerres avec les colons français. La population des Renards passe de 6500 à 500 en 10 ans, les derniers survivants s’enfuient.
Les Iroquois (Haudenosaunees = peuple des longues maisons) sont du côté des Anglais, tandis que les Hurons rejoignent les Français. Ils vivent dans des longues maisons (qui peuvent mesurer 8-12 m de large et 15 à 100 m de long). L'armature est en poteaux de thuya, cyprès ou frêne, le toit est vouté en berceau et recouvert d’écorces d’orme ou d’érable. La longue maison abrite toute la lignée d’une mère du clan, toutes ses descendantes avec leurs époux et leurs enfants. Au dessus de la porte d’entrée est sculpté le totem du clan, à l’intérieur de part et d’autre d’une allée centrale assez large chaque famille nucléaire occupe un compartiment séparé, avec des bat-flancs pour le couchage, un grenier pour le stockage et un âtre partagé avec les occupants du compartiment situé en face. Au fur et à mesure de l’agrandissement de la lignée, on ajoute des nouveaux compartiments.
Les épidémies de variole se succèdent et déciment les Iroquois. Dans la plupart des conflits entre colonisateurs, les Amérindiens servent d’éclaireurs et aussi de chair à canon. Les Anglais développent la guerre bactériologique pour réduire la révolte de Pontiac. Ils invitent des chefs pour parlementer et leur offrent des couvertures. Les Amérindiens ne se méfient pas et ramènent ces couvertures chez eux, en réalité elles sont infectées par la variole. L’épidémie fait rage. Durant la guerre d'indépendance, George Washington ordonne la dévastation des terres iroquoises. On fait couper les arbres fruitiers, détruire les récoltes, brûler les villages. Les femmes et les enfants sont massacrés. Cette politique violente pousse les Iroquois dans les bras des Anglais mais ceux-ci signent bientôt la paix abandonnant leurs alliés de plus de 100 ans seuls face à l’appétit des colons américains. La plupart des Iroquois s’enfuient avec les loyalistes au Canada ou se replient plus à l’Ouest. Ceux qui restent sont soumis à d’incessants assauts.
V ) La conquête du Sud-est
En 1539, Hernando de Soto débarque en Floride, il explore tout le Sud-Est des États-Unis actuels laissant dans son sillage une longue trainée de sang (pillages, incendies et massacres). Des chevaux de l'expédition s’échappent, ils vont êtres à l’origine des premiers mustangs. Malheureusement les Espagnols transmettent également des maladies qui ravagent les différentes tribus.
La région du Sud-est est assez peuplée. Le mode de vie de ces Amérindiens est centré sur la culture du maïs, ils complètent leur alimentation par la chasse, la pêche et la cueillette. Les champs sont nombreux ,à l’extérieur des villes, le surplus déposé dans un grenier communautaire est distribué selon les besoins. Les villes sont en damiers et protégées de hautes palissades en bois. Les maisons sont faites de quatre bâtiments séparés (cuisine, entrepôt, séjour d’hiver et d’été). Les murs sont en bois ou en torchis. Le cœur du village est une place de terre battue au milieu de laquelle brûle un feu communautaire sacré. Au Sud, la Floride est occupée par les Séminoles qui vivent dans des huttes sans mur, couvertes de palmes. ILs chassent, pêchent et cultivent.
En 1670 une colonie anglaise s'établit à Charlestown. Comme souvent les colons volent, assassinent ceux qui résistent ou les réduisent en esclavage. Les Cherokees attaquent donc à plusieurs reprises la colonie anglaise mais les maladies et l’avidité des colons réduisent leur puissance. La France s’allie aux Choctaws et en profite pour exterminer le peuple Natchez, avant de tenter de s’emparer des terres des Chickasaws. Après l’expulsion des Français de Louisiane, les Cherokees deviennent inutiles aux Anglais et une guerre éclate qui accroit la dépopulation, associée à une nouvelle épidémie de variole et à l’alcoolisme. La frontière avance inexorablement vers l’Ouest réduisant sans cesse le territoire amérindien. Lors de la guerre d’indépendance, beaucoup d’Amérindiens voient l’occasion de chasser les colons et les attaquent. La riposte des Américains est impitoyable, 50 villes cherokees sont rasées à blanc, leur population massacrée ou réduite en esclavage. Ils finissent par signer la paix, résignés et décimés.
La colonisation se poursuit vers l’Ouest entraînant une nouvelle guerre. Les Shawnees expulsent les colons par la force, ils battent à deux reprises l’armée américaine. Écrasés sous le nombre, ils sont battus et doivent se replier vers l’Ouest, ils sont à jamais chassés de l’Indiana. Lors de la guerre américano-britannique de 1812, Tecumseh, chef shawnee réunit une coalition indienne aux côtés des Anglais et inflige plusieurs défaites aux Américains. Mais les Anglais se replient au Canada abandonnant leurs alliés Amérindiens. La répression américaine frappe durement la confédération creek : villages incendiés, femmes violées, population massacrée... Les Cherokees affolés, décident de se « civiliser » pour échapper à ce sort funeste. La nation cherokee devient une république parlementaire avec une justice à l’européenne et une police. Ils inventent un système d’écriture, rédigent une constitution cherokee. Ils ouvrent des écoles, des églises et adoptent une agriculture à l’occidentale avec des fermes individuelles. Mais la boulimie de terres des colons continue. Le congrès ordonne à tous les Amérindiens de céder leurs terres et de déménager à l’Ouest du Mississippi où ils pourront jouir de ces nouvelles terres « aussi longtemps que l’herbe poussera et que les rivières couleront ». Les Amérindiens refusent, mais la loi de déplacement est voté et les terres vendues aux colons. Les Choctaws se résignent en premier et partent. Les Creeks refusent, ils sont alors déportés. A l’issue du voyage, la population creek a diminué de 45%. Les Séminoles refusent et vont se cacher dans les marais des Evergladess. Ceux qui sont capturés, sont expulsés vers l’Oklahoma (2 000 meurent en route, 40%). Une poignée parvient à rester cachée dans les marais où ils vivent encore aujourd’hui. La puissante nation Cherokee dépose plainte devant la cour suprême mais le président reste inflexible et lance les colons géorgiens à l’assaut des terres, ils expulsent manu-militari les familles, pillant leurs biens, violant les femmes. Mais les Cherokees s’accrochent, l’armée vient alors les chasser. En plein hiver, ils partent, ils n’ont pas assez de vivres ou de vêtements. Les maladies, le froid et la faim emportent 8 000 Cherokees (40% de la population). Cette déportation est appelée par les Cherokees « la piste des larmes ».
VI ) Le Sud-ouest
Le sud-ouest des États-Unis est une région chaude et aride avec ses déserts. Les Pimas sont sédentaires, irriguent leurs terres où ils cultivent. Ils habitent des maisons rondes couvertes de terres et d’herbes. Les terres sont communes et cultivées par tous les hommes du village. Ils réalisaient aussi des céramiques de grande qualité. Plus à l’ouest où l’eau est plus rare, les Tohono O’odhams sont semi-nomades. Ils cueillent également des plantes et des fruits sauvages. Les Pueblos (Zuñi et Hopi), eux, contrôlent une vaste zone de hautes mesas et de profonds canyons. Leurs maisons ont des murs de pierres, couverts de toits de bois. Ils cultivent sur des terrasses irriguées aux moyens de canaux, rigoles et réservoirs. Ils cueillent des plantes sauvages et chassent. Ils élèvent également des dindons. Ils sont des maîtres du tissage et de la poterie. Ils développent un immense réseau commercial basé sur des routes d’une dizaine de milliers de kilomètres. Les villages des Amérindiens du Sud-ouest sont autonomes, gouvernés par un chef élu par la communauté.
Coronado lance une expédition dans le sud-ouest en 1540 depuis le Mexique. Les Espagnols affrontent les Zuñis. L’expédition se poursuit parsemée de pillages, de meurtres, d’incendies… Les hommes sont tués au combat, les prisonniers amérindiens sont brûlés vifs tandis que femmes et enfants sont réduits en esclavage. Mais la région aride sans gisement aurifère n’intéresse pas les Espagnols qui l’abandonnent. En 1595, l'Espagne se décide finalement à coloniser la région. Une forte troupe atteint les premiers villages pueblos. Les conquistadores, comme en Amérique centrale et Sud, se partagent les terres entre eux avec leurs habitants, transformés en serfs à leur service (encomienda). Les Espagnols pillent, battent et violent. Les Pueblos se révoltent. L’expédition punitive est impitoyable, les villages sont rasés, 800 Amérindiens sont tués, 600 réduits en esclavage. A l’arrivée des Espagnols, les Hopis abandonnent leurs villages et s’enfuient dans les montagnes où beaucoup vont mourir de faim et de froid. Les colons finissent par retourner au Mexique et laissent la terre aux missions franciscaines qui tentent de conquérir les âmes. Ils doivent détruire les schémas de pensée, les pratiques sociales et les croyances ancestrales. Les Amérindiens qui continuent de pratiquer leur ancienne religion, sont battus publiquement parfois jusqu'à la mort. En 1680, une grande révolte pueblo soutenue par les Apaches, éclate. 21 Franciscains sont tués, les églises incendiées. Les Espagnols s’enfuient à la faveur de la nuit et filent au Mexique. En 1692, Vargas reconquiert la colonie du Nouveau-Mexique. Il assouplit l’élan missionnaire et supprime l’encomienda. Il a en réalité besoin de soutien des Pueblos contre les Français installés dans la vallée du Mississippi. Les Pimas de l’Ouest sont colonisés à leur tour. Très maltraités ils sont réduits en esclavage dans les mines du Nord du Mexique.
Les nomades (Apaches, Navajos, Comanches) maîtrisant le cheval et faisant paitre des grands troupeaux de bétails, lancent continuellement des raids contre les installations espagnoles pour voler bétail et chevaux. Ils capturent des colons, qu’ils revendent aux Espagnols. La guerre américano-mexicaine voit la victoire décisive des Américains qui récupèrent la moitié Nord du Mexique (Texas, Nouveau-Mexique, Arizona, Californie). Pendant la guerre, les Pueblos ont soutenu les Mexicains. Après la défaite, leurs biens commencent à être pillés, leurs terres spoliées, leurs femmes violées… Les Apaches s’opposent à leur installation sur des réserves et menés par Cochise, lancent une série d’attaques sur les postes américains. Finalement vaincus, une poignée dirigée par Géronimo fuit au Mexique et lance périodiquement des raids sur le territoire américain. Poursuivis par l’armée américaine et à court de vivres, ils font soumission en croyant les Américains qui leur promettent une réserve en Arizona sur leurs terres. En fait, ils sont enchaînés et déportés en Floride, ils ne reverront jamais leurs déserts.
VII ) La côte ouest
La côte ouest de l’Amérique de l’Alaska à la Californie est la région la plus peuplée au Nord du Mexique avec 700 000 habitants (6 familles linguistiques). La plupart de ces peuples ne pratiquent pas l’agriculture. La chasse et la cueillette assuraient la subsistance. Grâce à la douceur du climat il est possible de chasser et de pêcher toute l’année. Les Yokuts, Miwoks, Maidus, Pomos ou Wintus, font de la vannerie (paniers, filets, pots…). Ils construisaient leurs villages dans des vallées abrités, les maisons étaient recouvertes de broussailles et d’écorces. Le titre de chef de village est héréditaire. Plus on remonte vers le Nord, plus la pêche en mer et aux poissons migratoires et la chasse aux mammifères marins est importante. Les prises sont fumées et séchées pour les conserver. Les maisons sont faites de planches parfois de 20m de long. Ils sont d'habiles tisserands. Entre le Canada actuel et l’Alaska, les Amérindiens ont développé une technique de sculpture sur bois caractéristique. Des plats, des coffres, des frontons de maisons mais surtout les masques rituels et les mats totémiques représentant des animaux ou des créatures surnaturelles comme l’oiseau-tonnerre, sont les œuvres les plus connus de l’Amérique indienne, bien qu’improprement attribués à tous les Amérindiens. Les Chinooks, Kwakiutl, ont une société hiérarchisé, avec un chef, des nobles, puis le peuple et enfin les esclaves (prisonniers de guerre). Les nobles accumulent des richesses mais lors de cérémonies appelée potlaltch (donner), ils donnaient quantité de biens pour montrer leurs richesses, voire y mettaient le feu. Plus à l’Est, les Salishs, Spokanes, Nez-Percés… vivent de la pêche dans les fleuves et de cueillette. Les villages sont situés le long des cours d’eau, les maisons sont circulaires au toit couvert de terre. Le chef est choisit pour ses compétences et facilement révocable, la société est égalitaire. Plus au Sud dans le grand bassin, les Shoshones, les Utes ou les Paiutes ont un mode de vie adapté aux conditions désertiques. Ils sont nomades, chassent, cueillent des graines, fruits, racines. Enfin plus au Sud, le long du Colorado, on retrouve les Mohaves, Maricopas et les Yumas qui sont des agriculteurs sédentaires. Ils cultivent sur les riches terres du fond de vallée arrosées naturellement par les crues du fleuve.
La côte ouest reste longtemps en marge des ambitions coloniale. L’invasion espagnole ne démarre qu’en 1769. Les missionnaires regroupent les Amérindiens dans des missions, afin de les convertir et les faire travailler. Ils sont soumis aux travaux forcés et à une discipline de fer, mal nourris, maltraités... Ils sont convertis de force et doivent changer d’identité culturelle. La promiscuité dans les missions accélère la contamination et la mortalité est effrayante. Les Yokuts, Miwoks et Wappos résistent, aidés par des fugitifs des missions, ils adoptent un mode de vie semi-nomade et livrent une guérilla acharnée aux conquistadores. La cession de la Californie aux États-Unis et la découverte d’or en 1848 sonne le glas du mode de vie de ces peuples. Des milliers de colons traversent les États-Unis vers la Californie, c’est la ruée vers l’or. Les refuges amérindiens sont submergés de chercheurs d’or avides. En à peine 10 ans, ils vont réduire 10 000 Amérindiens en esclavage. Les derniers sont exploités et massacrés. Les mineurs et les pionniers agissent à leur guise sans aucun contrôle. A l’inverse, les autorités et l’armée traquent les Amérindiens coupables de s’être défendus et d’avoir tué un Américain. De véritables campagnes génocidaires sont lancées contre les Yanas et les Yukis. Les survivants se mettent sous la protection du gouvernement et renoncent à leurs terres. Ils sont internés dans des réserves et abandonnés à leur triste sort.
Les Amérindiens du Nord-Ouest ont été épargnés par la ruée vers l’or mais décimé par les maladies. Les colons commencent à s’installer et malgré les traités signés avec les Yakimas et les Nez-Percés, les violences se multiplient. En 1873, les Nez-Percés se révoltent après des décennies d’humiliation. Le froid de l’hiver à raison de leur résistance, certains s’enfuient vers le Canada mais ils sont rattrapés par l’armée américaine et massacrés à seulement une dizaine de kilomètres de la frontière. Les survivants sont déportés dans une réserve en Idaho.
VIII ) Les Grandes Plaines
Les Grandes Plaines ont été les dernières à être colonisées. Les températures brûlantes de l’été et glaciales de l’hiver ont rendu leur attrait très faible pour les Européens. Les Amérindiens des plaines (Pawnees, Iowas, Pieds-Noirs, Wichitas, Omahas, Kansas…) vivent dans des villages au bord des cours d’eau, leurs maisons sont rondes recouvertes de terre ou d’herbes. Ils cultivent des champs. Une partie de l’année ils partaient à la chasse aux bisons. Plus à l’Ouest, (Cheyennes, Apaches, Kiowas, Arapahoes, Sioux) ne vivent que de la chasse et sont nomades. Le temps trop sec ne permet pas l’agriculture. L’introduction des chevaux dans les Grandes Plaines est une véritable révolution pour les nomades. Les déplacements, la distance parcourue, la vitesse et la chasse en sont facilités. Ils suivent les troupeaux de bisons, et se rassemblent en cercle de tipis de peaux. Les hommes pratiquent la chasse collective aux bisons, la pêche et la chasse individuelle qui permet de capturer de petits animaux. Les femmes cueillent fruits, légumes et baies, préparent la nourriture, construisent les tipis, cousent les peaux.
Les premiers contacts commerciaux ont lieu fin XVIIIe siècle, mais surtout lors de l’expédition de Lewis et Clark (1803-1806). Les armes à feu sont échangées contre des peaux et se répandent dans les Grandes Plaines mais également l’alcool et les épidémies de variole. La frontière est grignotée à l’Est et au Sud. Le flot de colons en chariots qui traversent les Grandes Plaines à destination de la Californie perturbe aussi la vie des Amérindiens et fait fuir les bisons. Le Kansas et le Nebraska voient ses frontières grignotées par des colons, qui volent les terres, abattent le gibier et coupent les arbres avec la protection du gouvernement.. Au Nord, dans le Minnesota, les Santees spoliés de leurs terres et réduits à la famine, mené par le chef Little Crow, attaquent les fermes des colons et repoussent les soldats américains. Battus par l’armée de l’Union, des centaines sont tués, les chefs capturés, pendus, d’autres parviennent à fuir au Canada ou plus loin dans les Grandes Plaines. L’étau se resserre donc sur les Grandes Plaines, dernier bastion libre des Amérindiens. En 1864, l’armée attaque dans le Colorado, un camp de Cheyennes et d’Arapahos à Sand Creek, pendant que les guerriers sont partis chasser. 250 personnes sont massacrés sans distinction, vieillards, femmes et enfants. Scandalisées, les nations Sioux, Arapahos et Cheyennes s’allient et déclarent la guerre aux États-Unis. Les ranchs sont incendiés, les postes militaires mis à sac et les convois militaires pris en embuscade par les Amérindiens, obligeant le gouvernement à traiter.
Mais ils restent menacés par les colons qui se déversent dans les plaines et par un nouvel ennemi, le chemin de fer transcontinental, protégé par des forts, coupe en deux les territoires de chasse. Le gouvernement encourage des chasseurs comme Buffalo Bill à décimer les troupeaux de bisons ce qui affame les Amérindiens
Le gouvernement promet aussi une belle vie à ceux qui rejoindraient les réserves. Au Sud, les nations Arapahos, Cheyennes et Comanches, sans bisons, sont décimés par la famine ils finissent par capituler et rejoignent les réserves à la fin des années 1860. Mais les Lakotas menés par Red Cloud résistent toujours. Ils enchaînent les victoires, empêchent la circulation sur les pistes et le long du chemin de fer et anéantissent la colonne de soldats envoyés contre eux. En 1868, le gouvernement signe le traité de Fort Laramie, il démembre des forts, évacue une partie du Wyoming qu’il cède à perpétuité aux Lakotas. Mais le gouvernement ne peut ou ne veut endiguer le flot de colons qui envahit chaque jour les territoires amérindiens des Grandes Plaines. En 1874, on trouve de l’or dans les Black Hills, montagnes sacrées des Lakotas. Le gouvernement leur propose de les racheter, évidemment ils refusent. Les prospecteurs clandestins s’installent dans les montagnes pour chercher le métal, ils sont protégés par l’armée. Trois colonnes sont envoyées contre les Lakotas, en 1875. 1300 soldats menés par le général Crook sont mis en déroute le long de la rivière Rosebud par Crazy Horse. Le 25 juin 1875, le 7e de cavalerie de Custer est anéanti par les 2000 guerriers de Crazy Horse et Sitting Bull lors de la bataille de Little Big Horn. L’armée envoie de nouveaux renforts hivernaux. Affamés les Lakotas luttent jusqu’à l’extrême limite de leur force puis finissent un à un par capituler. Ils sont emmenés sur une réserve du Montana.
En 1890 naît la danse des Esprits, un culte messianique qui promet qu’en dansant et chantant les Amérindiens ramèneraient à la vie leurs chers disparus, mais aussi les bisons et pourraient alors reprendre leur ancienne vie. Les Amérindiens se mettent alors à danser et à invoquer les Esprits, craignant une révolte, l’armée est envoyée sur place. Sitting Bull et Crazy Horse sont alors abattus lors d’une échauffourée. Le chef Big Foot fait quitter la réserve aux siens. Arrêtés par l’armée les 400 Lakotas sont installés au camp de Wounded Knee, le soir les soldats se saoulent au whisky. Le lendemain matin, ils désarment tous les guerriers et se mettent à ouvrir le feu sur les Amérindiens. 300 sont tués et jetés dans une fosse commune. Les chefs de ce bataillon reçoivent la médaille d’honneur du Congrès pour héroïsme. Dans le Dakota du Sud, ce matin glacial du 29 décembre 1890 signe dans le sang la fin de l’Amérique indienne.
Sur les 10 à 12 millions d’Amérindiens présents au Nord du Mexique avant l’arrivée des Européens il en reste 600 000 en 1800 et 230 000 en 1890. Les réserves sont régulièrement grignotées par le gouvernement qui ouvre les terres aux spéculateurs fonciers. Les gouvernements tentent de faire disparaître la culture amérindienne. Les femmes sont stérilisées (24% des femmes amérindiennes l’ont été). Les enfants sont enlevés à leurs familles, mis dans des pensionnats à la discipline de fer, ils sont battus s’ils parlent leur langue. On tente de les transformer en "bons américains". Ces futurs adultes seront déracinés, manquant de confiance en eux, accumulant les problèmes sociaux. Avec le temps la société se met à avoir la nostalgie de l’Indien libre sauvage et fier. On le recrée au cinéma où on lui demande de singer ses anciennes coutumes, dans les réserves par exemple. De plus chaque nation n’a pas sa propre réserve. Aujourd’hui la moitié des Amérindiens ne vivent pas dans les réserves mais la plupart souffrent de cette dualité et d’une perte de repères. Ceux qui vivent dans les réserves semblent oubliés de tous et cachent la mauvaise conscience de l’Amérique. Les Amérindiens ont le plus faible revenu par habitant, la plus courte espérance de vie, le taux le plus élevé, de morts par accidents, de maladies de la pauvreté (tuberculose), d’années de prison pour les mêmes délits que ceux commis par des non-amérindiens. Ils accumulent aussi tous les problèmes sociaux de nos sociétés dites développées : chômage, misère, exclusion, racisme, alcoolisme, drogue, suicides…
Malgré tout les Amérindiens n’ont pas disparu, ils sont aujourd’hui 2,8 millions dans tout le pays. La culture amérindienne et les langues ne sont pas mortes et résistent à l’ethnocide. Aujourd’hui encore ils réclament leurs terres, leur indépendance et la reconnaissance de leur souveraineté. En 2007 est signée à l’ONU, la déclaration des nations unies sur les droits de peuples autochtones, elle promet le respect des cultures et des personnes autochtones, la conservation des terres et des traditions et le droit à l’autodétermination. Seuls 4 pays au monde refusent de signer cette déclaration, dont les États-Unis.
En 2017, l’administration Trump a balayé le combat des Lakotas en coupant la réserve de Standing Rock pour y faire passer un oléoduc malgré des mois de batailles juridiques et de résistance passive. La police américaine a expulsé les Lakotas de leurs terres ancestrales. Alors que leur camp brûlait et qu’ils partaient plus loin, on se serait cru revenu deux siècles en arrière. L’avidité de l’homme blanc et son mépris pour son frère amérindien est donc toujours d’actualité. Mais les Amérindiens ont lutté, ils n’ont pas baissé les bras ils ont encore une fois défié le pouvoir américain et même s’ils ont encore une fois perdu. Comme une dernière image de l’incessante lutte des Amérindiens pour leurs droits, terminons en évoquant deux prisonniers politiques : Red Fawn Fallis, une jeune sioux oglala, condamnée à 5 ans de prison pour s’être opposée au projet d’oléoduc et pour avoir soi disant tiré en l’air devant la police. Léonard Peltier, un anichinabé, condamné à deux peines à perpétuité, sans preuve, pour le meurtre de deux agents du FBI en 1976, est incarcéré depuis 43 ans. Les Amérindiens n’ont pas disparu, ils luttent encore pour survivre et maintenir leur culture et leur mode de vie, envers et contre tout. Ils concrétisent par l’affirmation de leurs propres valeurs, le doute qui saisit le monde actuel sur le bien-fondé des civilisations technologiques. Il dénonce leur vocation au profit, leur exploitation abusive des ressources naturelles, l’enfermement de l’homme blanc dans une vie égoïste, consacrée au seul profit matériel et individuel.
















