CLUB LECTURE JANVIER 2025
Livres présentés lors de la séance du 16 Janvier 2025 :
- J'ai pas pleuré, de Ida Grinspan
- L'enfant des camps, de Francine Christophe
- Les enfants endormis, de Antony Passeron
- Houris, de Kamel Daoud
- Ce que je sais de toi, de Eric Chacour
- Maman s'en va t'en guerre, de Dorothée Ollieric
- Les francs tireuses, de Emmanuelle Hutin
- Les guerriers de l'hiver, de Olivier Norek
- Le harem du roi, de Djaïli Amadou Amal
Prochain Club Lecture :
jeudi 13 février 2025
de 17h à 18h30
J'ai pas pleuré
Ida Grinspan
Ida Grinspan, née à Paris en 1929 de parents polonais arrivés en France quelques années plus tôt pour fuit l'antisémitisme. Dès le début de la guerre , elle est confiée à une famille , dans une ferme à la campagne. Le 30/1/44 , alors qu'elle n'a que 14 ans, elle est arrêtée par des gendarmes français et déportée à Auschwitcz. Sa mère d'abord, puis son père sont aussi arrêtés et déportés. Elle décède en 2018.
Ce n'est qu'en 2000 qu'elle décide de témoigner dans les écoles et d'écrire ce livre. Elle parle de la déshumanisation des camps, de la faim, de froid , de la peur, de la violence des gardiens nazi, de la mort. La solidarité entre détenues l'a beaucoup aidée. Elle évoque aussi son retour, son hospitalisation, les retrouvailles avec son frère et sa nounou qui ne la reconnaissent pas. Elle parle des gendarmes français qui l'ont arrêtées: auraient-ils pu désobéir? Elle regrette et désespère que la Shoah ne serve pas de leçon et qu'il existe encore et toujours des génocides.
Elle termine:" à lire pour ne pas oublier; l'oubli serait aussi intolérable que les faits eux-mêmes "

L'enfant des camps
Francine Christophe
Née en 1933 à Paris. Elle a huit ans et demi quand elle est arrêtée avec sa mère. Elle raconte l'horreur des camps et sa peur d'être séparée de sa mère Elle est ballotée de camp en camp. A son retour, elle raconte à ses camarades ce qui lui est arrivé, celles-ci la prennent pour une folle.
Elle devient écrivain et témoigne dans les collèges et lycées. Dans son livre, elle raconte les coups, le froid, la faim, les familles qu'on sépare, les enfants qu'on entasse dans des wagons à bestiaux, la maladie, la mort, la cruauté, la boue, les cadavres qui pourrissent.

Les enfants endormis
Anthony Passeron
Né à Nice en 1983; prof d'histoire-géo en 2010; il crée le groupe Pop Folk en 2015, devient écrivain en 2018.
C'est un roman autobiographique; L'histoire de sa famille confrontée au sida, en parallèle avec la recherche scientifique de lutte contre le sida. Il raconte l'ascension sociale de ses grands parents qui viennent d'Italie, leur désarroi quand leur fils aîné se drogue et attrape le sida, leur incompréhension, leur isolement, et même leur déni. En parallèle nous assistons à la course, à la guerre contre le sida: d'abord découvrir le virus, puis essayer de l'éliminer, on apprend aussi la compétition avec les chercheurs américains.
Emouvant, très intéressant.

Houris
Kamel Daoud
Né en 1970 en Algérie , l'aîné de 6 enfants, le seul à faire des études.
Naturalisé français en 2020; Il est écrivain, journaliste.
Islamiste pendant son adolescence, à partir de 18 ans il ne se considère plus comme musulman pratiquant.
Dans "Houris" il aborde l'histoire de l'Algérie. Une jeune algérienne questionne autant la guerre d'indépendance qu'elle n'a pas connue, que la guerre civile des années 1990, dont personne n'a le droit de parler et dont elle est victime, puisqu'elle garde une grande cicatrice à la gorge et des cordes vocales détruites. Elle en parle à sa fille dont elle est enceinte et voudrait avorter pour lui épargner les conditions de vie des femmes, pour la sauver.
Si la plupart des victimes sont égorgées, c'est en souvenir d'Ibrahim qui devait offrir son fils à Dieu, quand celui-ci lui a ordonné d'égorger un mouton à la place. Si les victimes sont égorgées , souvent des femmes, c'est pour les sauver du péché.
Ce livre a été interdit en Algérie, mais primé en France.
Horrible, mais on apprend beaucoup de choses.

Je que je sais de toi
Eric Chacour
Eric Chacour est né en 1983 à Montréal c’est un écrivain québécois issu d’une famille Syro-Libanaise. Il a vécu une bonne partie de sa vie en France où il écrit les premières pages de son premier roman ‘’Ce que je sais de toi’’ qui lui vaut le prix Femina des lycéens en 2023. Il est diplômé en économie appliquée et en relations internationales.

Ce que je sais de toi de Eric Chacour.
Dans les années 1960, Tarek, 12ans, vit dans un quartier résidentiel du Caire. Son père est médecin. Tarek aimerait poursuivre ses études pour être ingénieur, mais il va se soumettre au désir de son père qui projette pour lui une carrière de médecin.
En 1967, il rencontre Mira à la fac et ressent pour elle des sentiments intenses. Mais un jour celle-ci ne vient pas à son rendez-vous.
Son père meurt en 1974. Il prend alors en charge toutes les démarches administratives et assure les consultations auprès des patients.
En 1980, il retrouve Mira et l’évidence de leurs sentiments s’impose à eux. Ils se marient et s’installent dans la maison familiale, le 1er étage étant attribué à sa mère et sa sœur Nesrine.
Il décide alors d’installer un dispensaire dans le quartier pauvre du Moquattam où il consulte 1 fois par semaine bénévolement. Un soir un jeune homme, Ali, lui demande de venir voir sa mère qui est souffrante à son domicile. Tarek prend alors l’habitude de rendre visite à la mère d’Ali à chaque permanence. Il propose à Ali de devenir son assistant au dispensaire, sur la requête de sa mère et à condition de ne pas accepter de salaire. Ali s’investit et fait preuve de beaucoup de dispositions. Tarek lui propose alors de venir à son cabinet du Caire contre salaire.
La mère d’Ali perd de plus en plus le sens des réalités et finit par s’éteindre.
Après l’enterrement Tarek accompagne Ali et vous succombez à l’attirance que vous avez l’un pour l’autre dans un pays où l’homosexualité n’est pas tolérée et sévèrement réprimée. Qu’adviendra-t-il de cet amour impossible ?
Maman s'en va t'en guerre
de Dorothée OLLIERIE
Dorothée Ollierie:
Journaliste, grand reporter de guerre. Née en 1966 à Nantes, diplômée de l'institut du journalisme de Paris, travaille pour France Télévision effectuée ses reportages partout dans le monde ;Sarajevo centre Afrique, Rwanda, Afghanistan...En couple avec Philippe Vandel et a 2 enfants adultes.

Maman s'en va t'en guerre
C'est la vie de cette fougueuse jeune femme qui va partir sur tous les continents en guerre.
Passionnée, aventureuse, elle brave tous les dangers et va être confrontée à la mort, aux atrocités de Daech .Elle dira 'être aguerrie n'est pas un rempart contre le malheur' J'ai failli mourir des dizaines de fois, été même prise en otage. Très souvent sous les bombes avec la boule au ventre, elle pense avoir une bonne étoile. Elle pense qu'elle doit témoigner.
Cette vie passionnante et passionnée nous fait vivre en direct ce que ces femmes courageuses nous rapportent.
Avec son compagnon et ses enfants encore petits tout a été formidable, bien partagé et accepté, alors que c'était si dur de les laisser.. La dernière phrase avant de les abandonner était 'maman vous aime'
Elle espère qu'à la fin de ce livre, ils lui pardonneront son absence.
Les francs-tireuses
Emmanuelle Hutin
est née à Paris en 1979.
Elle quitte une longue carrière dans le luxe pour se mettre à écrire
De ses années chez Chanel elle garde le gout des réflexions sur le beau et sur le rôle des apparences.
Elle enseigne le yoga au profit d'associations caritatives.
Elle a sorti son premier roman en 2021 La grenade.

Le roman
C'est l'histoire d'un couple de femmes, la cinquantaine, artistes bourgeoises, d'origine juive, à la santé fragile qui vivent dans l'ile de Jersey les quatre années d'occupation pendant la guerre.
Claude avant gardiste parisienne est connue pour son œuvre photographique qui explore les questions d'identité et de genre. Avec Suzanne Malherbe, sa compagne de toujours, elle adhère activement au mouvement surréaliste et révolutionnaire antifasciste. Elles vont s'installer sur l'ile de Jersey en 1938 et déployer leurs activités militantes
Convaincues que la liberté et l'amour fraternel sont des valeurs universelles elles vont mener dans l'ile des activités de propagande. Elles vont créer une multitude de tracts , de bouteilles vides, d'emballages de cigarettes signés "Le soldat sans nom " qu'elles vont disséminer dans toute l'ile à la barbe des allemands comme pour créer une fronde. Elles ont décidé de se servir de cette arme pour inciter les soldats à cesser de se battre.
Pendant quatre années, plein de situations ubuesques et dangereuses vont avoir lieu sans que les chefs de la kommandantur ne se doute que c'est l'œuvre de deux vieilles femmes fragiles et à l'allure insignifiante.
Elles vont entrainer bien malgré eux un couple et un jeune garçon qui ont toujours ignoré leur manigance.
Ceci est une histoire vraie et leur destin est hors norme . On les appelait les francs tireuses.
LES GUERRIERS DE L’HIVER
DE OLIVIER NOREK
L’auteur : Olivier NOREK est un écrivain et scénariste français, né en 1975 à Toulouse. Après avoir passé son bac, il devient bénévole pendant trois ans à « Pharmaciens sans frontières », et part en mission en Guyane et en ex Yougoslavie. Puis il s’engage dans l’armée pendant deux ans, et entre dans la police comme gardien de la paix en 1997. Il y restera jusqu’en 2013, ayant le grade de capitaine à la section des enquêtes et recherches de la police judiciaire en Seine Saint Denis. A partir de 2013, il se met en disponibilité pour écrire des romans policiers. Ses trois premiers romans mettent en scène Victor Coste, un policier à la PJ de Seine Saint Denis. Il obtiendra le prix du polar européen en 2016 pour ces ouvrages. S’en suivront plusieurs romans policiers à succès, qui abordent des thèmes sociaux et politiques. Son dernier roman, « Les guerriers de l’hiver », paru en août 2024, n’est pas un roman policier, mais historique. Il a obtenu, pour ce roman, le prix Jean Giono 2024 et le prix Renaudot des lycéens 2024.

Le roman : L’action se déroule en Finlande, entre novembre 1939 et mars 1940. La Finlande est attaquée par La Russie, qui veut annexer certains territoires finlandais, afin d’avoir accès aux mines de nickel et à la mer Baltique. Tous les hommes finlandais en âge de combattre sont envoyés sur le front. Nous suivons particulièrement trois jeunes hommes paysans d’un même village. Parmi eux, il y a Simo, tireur exceptionnel, formé au tir par son père depuis sa plus tendre enfance. Les trois amis vont se retrouver dans la même unité de combat, sous les ordres d’un capitaine alcoolique, ancien légionnaire, surnommé « l’horreur du Maroc ». Très vite, Simo devient le sniper attitré de la section, et sera surnommé « la mort blanche »par les russes. L’armée russe aligne quatre fois plus de combattants que l’armée finlandaise. Mais les finlandais ont l’avantage de bien connaître le terrain accidenté, parsemé de lacs et de forêts, de se déplacer en ski et de savoir se camoufler dans des combinaisons blanches. Les finlandais vont pratiquer une guerre d’attaque, par petits groupes très mobiles, mettant en déroute nombre de soldats et blindés ennemis. Les conditions sont dantesques, avec des températures extrêmes à moins cinquante degrés et une neige très épaisse. Mais le peuple finlandais va être héroïque et faire vaciller l’ogre russe. C’est en suivant les personnages, hommes et femmes, qui se battent, que nous nous retrouvons au cœur du conflit pour partager leur quotidien. Simo deviendra un héros national, considéré comme le meilleur tireur d’élite de tous les temps. Tous les faits racontés dans le roman sont authentiques, et l’auteur réussit à nous captiver du début à la fin dans cette terrible guerre d’hiver.
LE HAREM DU ROI
DE DJAÏLI AMADOU AMAL
L’auteure : Djaïli AMADOU AMAL est née en 1975 dans le nord du Cameroun. Elle est une femme de lettres d’expression française et une militante féministe. Mariée à dix sept ans, dans le cadre d’un mariage forcé, elle parvient à quitter son mari au bout de cinq années. Dix ans plus tard, elle quitte son deuxième époux violent, qui, pour se venger, va kidnapper ses deux filles. Tous ses romans rendent compte de la condition féminine au Sahel : violences, viols, rapts, mariages forcés, polygamie. De ce fait, elle est une figure porteuse d’avenir en matière d’égalité des genres. Le roman « Les impatientes » a obtenu le prix Goncourt des lycéens en 2020. « Le harem du roi » est un roman paru en août 2024.

Le roman : Boussoura et Seini vivent avec leurs enfants à Yaoundé, la capitale camerounaise. Seini est médecin et Boussoura professeure de lettres. Ils vivent heureux, de façon tout à fait moderne ; Seini refuse la polygamie, car il porte un amour exclusif à son épouse. Tout se passe bien, donc, jusqu’au jour où décède le lamido, c'est-à-dire le chef politique et religieux, d’un petit territoire. Un nouveau lamido doit être élu, et Seini peut prétendre au titre, de même que tous les autres descendants mâles du lamido décédé. Malgré les réticences de son épouse, Seini se présente et est élu lamido. Le couple doit dorénavant vivre au palais, en huis clos, servi par des esclaves domestiques. Le couple vit dans des appartements séparés, ne prend plus ses repas en commun, ne dort plus dans le même lit. Le lamido se doit d’avoir des concubines ; ces femmes lui sont offertes en signe de soumission et d’allégeance, et il est hors de question qu’il les refuse, au risque d’offenser des familles alliées et de saper le fondement des traditions ancestrales. Cruelle désillusion pour Boussoura, qui ne comprend plus ce mari qu’elle aime, mais qu’elle voit devenir un roi qui détient tous les pouvoirs et qu’elle doit partager aves des concubines. Boussoura va-t-elle accepter de se laisser bafouer ainsi ? Le roman offre une réflexion quant au poids des traditions, au poids du pouvoir et de ses dérives, à la condition des femmes dans un pays où les lois sont faites par les hommes et pour les hommes. Beau moment de lecture.