Démolition et reconstruction après la Seconde Guerre mondiale

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Pour compléter l'exposition du mois d'octobre 2019 sur la Seconde Guerre mondiale à la bibliothèque, une passionnante conférence qui avait pour titre "Démolition et reconstruction après la Seconde Guerre mondiale",  sujet peu connu voir méconnu, était présentée par Jack Bourguet le jeudi 26 septembre.

1 - Les destructions de la Seconde Guerre mondiale en 1940

20% des destructions ont eu lieu pendant la Bataille de France en mai-juin 1940 (Dunkerque et Calais) ; 15% des destructions ont eu lieu de juin 1940 à juin 1944 (bombardements aériens des Alliés sur les centres portuaires, ferroviaires et industriels de la France occupée) ; 65% des destructions ont eu lieu lors de la Libération de la France de juin 1944 à mai 1945.

2 - La politique du Gouvernement de Pétain (1940/1944)

La « guerre-éclair » et ses conséquences comme l’exode suspendent les travaux en cours. La mise en place de l’administration de Vichy s’accompagne d’un plan « grands travaux ». Lancé le 5 octobre 1940, il a pour but de lutter contre un chômage récurrent et de reconstruire les voies de communication. Il culmine au premier semestre 1942.

3 - L’idéologie pétainiste

Face aux démolitions suite des bombardements il « faut penser la ville neuve… Ces villes où se perdent la race, la force et la vertu ». La ville est pensée comme ennemie des campagnes. La Charte de l’architecte reconstructeur, publiée en 1941, énonce les leitmotivs architecturaux et urbains du gouvernement de Vichy. Elle met en avant les traditions architecturales locales aussi bien pour la reconstruction de l’habitat que pour celle des bâtiments publics.

4 -  Les reconstructions en France

Le retour aux traditions architecturales du passé est souligné avec insistance, en particulier celles de la Renaissance française sous Henry III. Cette doctrine trouve un terrain fructueux dans les réflexions sur la reconstruction des petites villes du Val de Loire, dont les rues et les îlots traditionnels deviennent les matrices de l’architecture « nouvelle ».

5 – La politique du IIIème Reich

Germania (projet nazi) Berlin, réaménagée, restructurée, embellie, prendrait le nom de Germania. Hitler souhaitait donner au Reich une capitale emblématique, centre de gravité du nouvel ensemble germanique. Adolf Hitler était convaincu de l’importance de la culture dans la création d’un empire pérenne. La réalisation de travaux gigantesques devait inscrire l’Allemagne dans l’histoire. Hitler conféra à son architecte favori, Albert Speer, des pouvoirs très étendus, le plaçant directement sous ses ordres, sans qu'il n'ait de compte à rendre au maire de Berlin. Albert Speer promit à Adolf Hitler que les travaux seraient terminés en 1950. Il évalua le coût de l'opération à une somme comprise en 4 et 6 milliards de Reichsmarks ; Les inspirations : La grande avenue devait rappeler Paris et les Champs-Élysées, mais plus large que l'avenue parisienne d'au moins 20 mètres. De même, l'Arc de Triomphe prévu rappelle celui de la place de l'Étoile. Hitler qualifiait Paris de plus belle ville du monde et souhaitait la surpasser. La Grande Halle du Peuple ou Grand Dôme devait rappeler le Capitole de Washington et Saint Pierre de Rome. Le régime nazi a eu aussi d'autres projets pour les villes conquises ou détruites 

6 -  Le BTP sous le gouvernement de Pétain

Après 1942, seuls les travaux allemands se développent en France, profitant avant tout aux firmes germaniques  Selon les chiffres du Comité d’organisation du BTP  on compte, en 1943, 692 000 salariés dans le bâtiment, les travaux publics et les constructions métalliques, dont 150 000 dans les travaux publics. Edification des Mursde l’Atlantique et de la Méditerranée, constructions et rénovation d’aérodromes. En 1943, base de lancements des V1 et V2 et des bases sous-marines.

7 – Destructions par les Allemandes

Moins de deux mois après leur arrivée à Marseille, les Allemands, prenant prétexte des attentats que la Résistance a organisés contre eux, veulent faire un exemple. L'état de siège est instauré dès le 5 janvier 1943. Mais surtout ils décident de détruire le quartier nord du Vieux-Port d'où sont censés provenir les auteurs de ces actes et qui symbolise à leurs yeux la "gangrène" marseillaise, le crime, le vice, la saleté, le cosmopolitisme.

8 – Bombardements alliés

Les usines de Boulogne-Billancourt sont l’objet du premier bombardement massif sur la France, dans la nuit du 3 au 4 mars 1942. Les 223 bombardiers du Bomber Command britannique causent la mort de 371 civils. ,Pourtant, de nombreuses bombes ratent leur cible et tombent dans des villes avoisinantes comme Le Vésinet, tuant 371 civils, dont 66 enfants. Début 1943, la même usine est de nouveau prise pour cible. Bilan : 300 morts, dont 80 autour de la station de métro Pont-de-Sèvres, touchée par erreur.La stratégie américaine de bombardement et différente ; elle consiste à mener des bombardements limités sur les industries de base et sur certaines infrastructures de communication : c’est le précision bombing, dont le vecteur et le Boeing B 17. Mais le bombardement sur Rouen le 17 août 1942 montre le manque de précision de l’attaque, imputée à une altitude jugé bien trop élevée (7 600 mètres).

De Saint-Nazaire (134 jeunes apprentis tués sur un chantier) à Saint-Étienne, du Havre à Caen, de Nantes à Rouen, de Lorient à Lisieux, les épisodes douloureux ne manquent pas. A partir de 1942, les Américains bombardent de jour, les Britanniques de nuit.

En 1944, la stratégie change d’échelle avec le Transportation Plan. Son objectif ? Cibler les gares et les nœuds ferroviaires, de Lens à Nice, afin de protéger les troupes alliées bientôt débarquées. Les forteresses volantes de la 8e US Air Force, habituées à détruire les villes allemandes, sont réquisitionnées, aux côtés des gros bombardiers de la RAF.

Le 20 avril, la gare de triage de Paris-La-Chapelle est visée. Des bombes tombent sur Montmartre, Saint-Ouen, Saint-Denis et font 600 victimes. Moins que les 2 000 morts du 19 avril à Rouen et dans ses environs.

Le 26 mai, un millier de civils trouvent la mort à Saint-Etienne. Le lendemain, des villes du Sud (Avignon, Nîmes, Marseille) sont sous les bombes. Mais c’est la Normandie qui paiera le prix le plus fort. Même après le Débarquement, les bombardements continuent. Flers, Coutances, Argentan, Evrecy, Caen entre autres sont visées par les bombes alliées.,

Le bombardement de Nantes de 16 septembre 1943 fait 1100 victimes civiles et 1200 blessés. Les responsables américains et britanniques du bombardement constatent à la fin de 1943 que les cibles ne sont pas toute atteintes, que beaucoup d’avions son perdus et que beaucoup de pilotes sont tués.

9 -  En Franche-Comté

Le bombardement de la gare Viotte par l’aviation britannique dans la nuit du 16 juillet 1943 faisait 51 morts et 134 blessés. Dans la nuit du 15 au 16 juillet 1943, en pleine Seconde Guerre Mondiale, un bombardement allié a semé la désolation à Sochaux, ôtant la vie à 125 personnes.

10 – Pétain et les bombardements

En France occupée, la propagande de Vichy se déchaine. Une affiche porte en lettres noires: "Lâches, la France n'oubliera pas". Philippe Henriot, le chantre de la collaboration, dénonce sur les ondes de Radio Paris ces bombardements.

11 - La guerre en France

La Normandie juin/août 1944. 50 000 victimes civiles normandes.

12 - Les poches atlantiques

Les poches de résistance lâcheront plus tard Royan 30 avril 1945, La Rochelle 9 mai, Lorient 10 mai 1945, St Nazaire 11 mai 1945

13 - La retraite allemande

Lors de la retraite allemande, des villages comme Oradour, Buchères, Bessan ou Mailly paieront un lourd tribut

14 - L’épuration dans le BTP

Nombre d’entreprises, en particulier des petites et moyennes, à la suite de la disparition ou de la retenue en captivité du patron et de leurs principaux ingénieurs en Allemagne, ont mis la clé sous la porte. En revanche, des grosses firmes ont poursuivi leur développement, certaines avec détermination, même si, sur le terrain, les ouvriers et la maîtrise ont plus résisté que collaboré à l’effort économique du Reich. La guerre a vu la création d’entreprises champignons qui ont été créées pour répondre uniquement aux travaux de l’Organisation Todt À la Libération, la construction constitue une branche industrielle vitale de l’économie française. Or condamner notamment les patrons et les ingénieurs des grosses firmes ayant collaboré avec l’ennemi irait à l’encontre de la tâche immense que nécessite la Reconstruction.

15 - Des cités ordinaires La cité de la Muette à Drancy a été édifiée au début des années 1930.Elle répond à des normes d’hygiène et de confort inhabituelles pour l’époque (renommée internationale). Le premier grand ensemble français. Son architecture se distingue par l’utilisation de matériaux standardisés et préfabriqués, des plaques de béton et des éléments métalliques qui sont assemblés sur place. Les 1 250 logements prévus se répartissent dans 5 tours de 14 étages auxquelles sont rattachés 2 par 2 des immeubles allongés de 2 et 3 étages. Cet ensemble est appelé « le peigne », tandis que le bâtiment en fer à cheval situé au Nord-Ouest et conçu comme un lieu civique de rencontres et d’échanges, est baptisé « cour d’entrée ». Ce bâtiment est le seul qui subsiste aujourd’hui.

16 – Le déminage le déminage de la France après 1945 a pourtant été une tâche essentielle de la reconstruction du pays. Avant même de songer à rebâtir, les pouvoirs publics issus de la Libération durent s'atteler à cette séquelle des récentes opérations militaires mettant en danger les populations civiles. La neutralisation des millions de mines restées tapies dans le sol national fut ainsi un préalable à la sortie définitive de la guerre. A peu près 1 % du sol français fut miné durant cette guerre, ce qui représente l'équivalent de villes comme Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux réunies. Toutes les zones côtières et frontalières furent touchées. Cinquante-deux départements au total demandèrent un nettoyage plus ou moins important. Il faut compter 500 tués et 750 blessés français lors des opérations de déminage et environ 2 000 tués et 3 000 parmi les Allemands

17 -  Reconstruire

2 000 communes sinistrées - 20 % du patrimoine immobilier est à remettre sur pied 2 100 000 bâtiments ont été endommagés en France dont 462 000 totalement détruits. Toute la France est concernée contrairement à la première guerre mondiale.

Le  montant de la reconstruction s'élève à 4 milliards 900 millions de francs.. Sont notamment détruites en totalité ou en partie les villes de Brest, Caen, le Havre, Lorient, Saint-Nazaire, Saint-Lô, Évreux, Saint-Malo, Rouen. La reconstruction est dans les mains de l’État qui paye les infrastructures. La loi de 1946 sur les dommages de guerre, dite « Grande loi sur la Reconstruction » fixe l’indemnisation des sinistrés par la réparation intégrale des dommages subis par faits de guerre.

18 -  Reconstruction sur place et à l'identique dans l'esprit des lois de 1940 après les premiers destructions (exode, Dunkerque, vallée de la Loire) ou Reconstruction selon les idées rationalistes. La question s'est posée a été différente en fonction des villes.

baraquements Brest
baraquements Brest
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baraquements Brest

Brest après la reconstruction

Brest après la reconstruction

Publié dans APERITIFS THEMATIQUES

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